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Du 28 mai au 28 septembre 2008

Premier Eté Contemporain

L’aventure éditoriale franco-chinoise vécue par cinq académiciens se prolonge aujourd’hui au musée Marmottan. Leurs œuvres dialoguent naturellement à proximité de celles de Monet, dans les salles qui  s’enorgueillissent de conserver le fleuron emblématique de l’Impressionnisme. La modernité des Nymphéas est celle, reconduite par Jean-Marie Granier, Albert Féraud, Claude Abeille, Antoine Poncet, Chu Teh Chun qui partagent l’intemporalité de la création pour une œuvre pérenne.
Chacun s’est rendu maître de son langage par lequel la pensée et la main ont scellé leur identité de créateur. 

Les outils du graveur pour Jean-Marie Granier. Ils ne doivent pas faire oublier le rôle tenu par cet homme discret, au sein du musée dont il a assuré la direction pendant plusieurs années jusqu’à sa disparition l’été dernier. Le burin est cette petite tige d’acier de section carrée ou losangée, biseautée, emmanchée à une petite poire de buis que le graveur manie avec une énergie fervente pour donner vie à un univers en noir et blanc. Granier fut cet artisan et cet artiste au métier infaillible qui risqua le vertige avec ses séries tauromachiques sans renier le grand classicisme qui imprègne ses paysages cévenols, jusqu’au dépouillement quasi abstrait de compositions métaphysiques. Graduant les valeurs, diversifiant la taille adaptée à chaque expression, le burin énonce, décrit, exprime la vie par la morsure du trait et sa caresse. La taille-douce, ainsi désigne t-on cette technique qui réserve la lumière, déploie les ombres sur la plaque de cuivre parfaitement polie. Elle requiert le silence et la contemplation.
 
Albert Féraud qui nous a quitté en janvier dernier, a donné ses lettres de noblesse à l’acier inoxydable. Ses mains démiurges subliment les déchets de ferraille dans les métamorphoses d’un univers baroque où l’improvisation, la sûreté du découpage, du pliage, la précision de la soudure contribuent à l’élaboration de son langage. Des envolées de plis, des torsions et des bourgeonnements, des corolles naissent des rythmes intuitifs entre vides et pleins, arrêtés dans un enchevêtrement de formes éruptives. Chez Féraud, la complémentarité est créatrice : le hasard appelle l’ordre, l’inventivité est au service d’une liberté, vecteur de
risque mais aussi tremplin à une pensée en constant éveil. Epique, lyrique, sa sculpture est dynamisée par des rythmes musicaux qui participent de l’harmonie générale engendre une monumentalité dont l’énergie porte une plénitude organique et un élan fraternel.

Sculpteur de formes, Claude Abeille ordonne une humanité en inquiétude dont l’enveloppe vestimentaire se substitue au corps, devenu le réceptacle d’une thématique du pli. Le choix du plâtre, qui peut être ultérieurement fondu, lui convient pour exprimer le passager pour une mise en abîme existentiel du vide. Ce matériau se prête à l’évanouissement de chaque forme corporelle supplantée par des plis gonflés ou apaisés d’un manteau flottant, d’une veste trop grande, de laquelle émergent une tête anonyme et des bras. Ses draperies sont des dépouilles  qui expriment le mystère de l’être, comme celui des traces qu’il laisse dans l’espace. Ces variations ont récemment débouché sur le thème de la danse qui a amené Abeille à expérimenter la couleur avec les résines polychromes. L’humour accompagne une poésie tendre et nostalgique pour un nouvel élan vital dans des postures insolemment maîtrisées où se lisent la prestesse et le déséquilibre feint.  

Les sculptures d’Antoine Poncet s’inscrivent dans l’héritage d’une sculpture informelle organique. Ses rêves de pierre, pour reprendre l’expression d’Arp, restituent la volupté des veines du marbre, ou le poli du bronze, empreints d’une sensibilité vibrante en constante harmonie avec l’enveloppe mystérieuse qui appelle au toucher et suggère une spiritualité où la plénitude plastique est source de beauté. Son univers plastique naît des formes dynamiques, d’ordre végétal ou humain, extraites du bloc par le travail ancestral de la taille directe dispensant une tension spatiale pour un hymne à la vie. Tour à tour flamme, aile, évocation du corps féminin comme le suggèrent avec malice les titres (Cororéol, Aileiotrope, Olivailes ...) les volumes dispensent l’élan et la vitalité, dans des courbes et des spirales libérées avec audace pour une monumentalité qui appelle au dialogue avec la nature. 

De ses origines chinoises Chu Teh Chun a conservé la ferveur du geste, la contemplation intérieure et la
dimension cosmique du paysage, qu’il confronte à ses acquis de la peinture occidentale. Son aventure picturale, en fait un des acteurs, de l’abstraction lyrique. En abandonnant toute référence figurative, il expérimente l’espace pictural devenu un temps espace pour une métaphore panthéiste. Il peint une nature réinventée, les éléments, dont sa mémoire a conservé les résonances graphiques et chromatiques. Son langage est constitué de signes, de mutations formelles, de déflagrations lyriques, de contrastes colorés
sonores et incandescents qui évo-quent les rythmes de l’univers, les flux et reflux des mouvements de l’eau, de la lumière, pour une immersion dans la peinture. Le tableau est le lieu de rencontres
simultanées, orchestrées par la fougue de l’écriture, le ruissellement des couleurs, l’énergie inhérente à la matière, la lumière pour un espace de poésie où l’imaginaire a rejoint une géographie originelle. Avec la peinture de Chu Teh Chun nous faisons l’expérience d’un visible, invisible, dont ses paysages sont l’expression sensible.

Lydia HARAMBOURG


 


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